Pays riche, peuple pauvre !

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14
mai 2015
En partance pour la Libye, le 01 mai 2005 !
Posté dans Non classé par pompier003 à 1:05 | Pas de réponses »

C’est Le 29 avril 2005.  Mon procès prévu dans trois jours au tribunal d’Illizi se rapproche avec une rapidité inhabituelle. Je ne savais toujours pas où mettre de la tête. Mon état d’esprit me rend les choses difficiles et ne me donne même pas la possibilité de réfléchir. J’ai passé toute cette journée à organiser mes documents dans l’attente de mon neveu (…) qui devait  rencontrer des amis à lui pour me trouver une issue avant qu’il ne soit trop tard. Tard dans la nuit, il pointa devant ma porte. Pale et mal rasé, il m’a donné l’impression d’être revenu de l’au-delà. Avant de prendre place au salon, il me lança d’une voix sèche « Après Demain, tu prends le départ vers la Libye », il demanda un verre d’eau et d’enchaîner,  en m’exhibant une enveloppe : «voila ton billet d’avion et 500 euros   qui te permettront de te prendre en charge là-bas, ne serait-ce que quelques semaines, le temps que tu réfléchisses posément ». Sans  me donner l’impression d’attendre ma réponse, il martela : « Tu prépares tes effets le plutôt possible et, surtout, pas de livres, pas de dossiers, pas de journal de presse, et même pas la moitié d’un document, dit-il, cette fois, c’est l’ultime chance qui t’est offerte, il ne faut pas la gâcher ». Je me suis contenté d’acquiescer sans dire mot, car je savais que c’était, pour moi, l’unique choix à même de  m’éviter d’aller finir mes jours en prison.

Le samedi 30 avril 2005, et afin d’écarter des préjugés éventuels quant a ma « fuite » vers la Libye, je me suis présenté, tôt le matin, au tribunal de Boumerdes , assister au procès d’une nouvelle affaire de diffamation, la 22eme je pense ! Et comme presque toujours, j’ai bourré mon cartable d’un bon nombre de documents, inutiles pour la plupart, du moment que la convocation reçue ne comportait aucune indication sur l’objet de l’accusation. Mais cette fois, je me suis soumis à cette énième aberration de la justice en n’ayant qu’une seule chose en tête : écarter le moindre soupçon quant a  mon départ prévu le lendemain vers la Libye, et démontrer, aussi et surtout, que  la décision des magistrats d’Illizi lesquels, selon certaines indiscrétions,  voulaient me considérer en fuite, lors du procès prévu dans deux jours au tribunal de cette ville, est  fallacieuse. Ce matin la, à la rentrée du tribunal de Boumerdes, il y avait un dispositif de sécurité impressionnant. Pour la première fois, j’ai eu une inquiétude inhabituelle. Une froideur envahissait mon corps. J’avais vraiment crains de subir le sort qu’a subit Med Benchicou l’auteur de « Bouteflika une imposture algérienne », quelques mois auparavant, lorsqu’il fut  interpellé au tribunal d’El-Harrach. J’allais rebrousser chemin avant de prendre mon courage entre mes mains et d’entrer dans l’enceinte du tribunal. Maitre Rachid, mon avocat, était déjà la. Et a mon grand soulagement, l’avocat, qui a remarqué mon inquiétude apparente, m’a rassuré que cette armada de policiers et de gendarmes n’était là que pour mater la colère des familles de jeunes manifestants anti-régime incarcérés dans la localité de Naciria,  dont le procès est prévu ce jour la. Et comme presque toujours, la majorité des affaires programmées, dont la mienne, furent reportées.

En partance pour la Libye, le 01 mai 2005, et contrairement à mon départ d’auparavant vers le Maroc, où je fus invité « gentiment »  par la police des frontières du royaume de rebrousser chemin dans un délai de trente six heures, je me suis résolu de garder mon profil  bas et ne plus réitérer l’erreur que j’ai commise à Casablanca. L’expérience du Maroc m’a donné la certitude que les systèmes oligarchiques, en dépit de leurs grandes divergences,  s’entendent parfaitement lorsqu’il s’agit d’assaillir les indociles aux  régimes dictateurs. Je devais survivre donc dans la discrétion la plus totale, limiter mes contact au juste indispensable quelle qu’elle soit la durée de ma cavale. Je savais que ca ne sera pas facile de survivre seul, isolé du monde, durant des semaines, peut-être des mois voire des années, mais c’était la seule façon a même de m’éviter des mauvaises surprises. Il me fallait du temps, beaucoup de temps pour pouvoir sortir de cette situation inextricable.

A ma descente à l’aéroport de Tripoli, au crépuscule, le ciel était rouge comme s’il se débarrassait de ses dernières flammes avant l’obscurité. L’air halluciné, Je n’avais toujours pas réalisé ce qu’il m’arrive. Je me disais que c’est peut-être un de ces mauvais cauchemars dont nous nous  soulagions juste au réveil. Quitter ma famille et débarquer dans un pays étranger duquel je ne connaissais que le nom, sans avoir le moindre indice sur ce que me cache le lendemain, ne peut survenir que dans un mauvais rêve. A vrai dire, je me faisais des illusions, car il fallait bien que ça m’arrive un jour ou l’autre, un malheur comme celui la. Mon cauchemar ne fait que continuer .

Au contrôle de  police, je suis passé comme un coup de vent, sans  difficulté. Le policier de service a apposé son visa sur mon passeport sans me regarder. J’ai récupéré ma petite valise et me suis dirigé, en pressant le pas, vers un guichet du Masraf  (la banque), échanger une somme d’argent : Cent Euros c’est cent soixante dinars libyens seulement. La peur me serre le ventre.

Il faisait nuit  lorsque je suis sortis de l’aérogare. Des clandestins chassaient leurs derniers clients. L’un, un vieux barbu, a proposé de m’embarquer pour 10 dinars libyens. J’ai acquiescé  sans réfléchir. Je voulais arriver au plus vite en ville avant que ses hôtels affichent complets. Avant de démarrer le moteur, difficilement, ce taximan m’a submergé dans une série de questions. Il s’est renseigné sur mon identité tout d’abord, mon âge, ma nationalité, mon travail,  la raison de ma venue en Libye et même le nombre d’enfants que j’ai, comme si les interminables interrogatoires des juges et des procureurs que j’ai eu à subir en Algérie ne me suffisaient pas ! Il démarra sa voiture au même temps que ses discours sur la richesse économique de son pays,  le savoir faire de son peuple, de son Caïd et de sa révolution unique au monde. De ses propos saugrenus, je n’ai pu retenir que des termes qui m’écœuraient à les entendre ; du socialisme moderne au livre vert à la rivière artificielle aux congrès populaires jusqu’au Caïd qu’il qualifia de sympathique, de sportif et d’adorable. Il n’hésitait pas non plus de le présenter en social-démocrate éclairé, envoyé sur terre pour affranchir les opprimés du monde, notamment le peuple palestinien et arabe.

Je le regardais sans le voir, je l’écoutais sans l’entendre. Très bavard, il m’a évité d’avoir à faire la conversation. Il s’est calmé un bout de temps pour allumer sa cigarette. Profitant  du cours silence, je lui ai demandé de m’emmener dans un hotel modeste, pas cher, situé au centre ville. Sans me donner l’impression de m’avoir entendu, Il martela aussitôt sur milles autres détails qui me noyèrent sous un flot d’informations et de slogans futiles. Des slogans que les oligarques du FLN algérien nous ont appris à détester.

Alors que sa vieille Peugeot sillonnait les quelques kilomètres qui nous séparaient du centre ville, perdue au milieu de champs noyés de sable et cloîtrés par des fils barbelés,  les hypothèses de plus en plus hasardeuses germaient dans ma mémoire,  me laissant dans une totale perplexité. Je me suis rappelé les circonstances de mon départ. L’image de ma femme qui, derrière un regard égaré, s’est affairée sur notre vieux fauteuil, en serrant contre elle Abderahmane, notre fils cadet, pour cacher son visage larmoyant, celle de mes enfants, qui n’étaient pas encore rentrés de l’école, me hantait jusqu’au tourment. Je me déchirais de l’intérieur en imaginant qu’une le pire guette ces innocents  que laissés seuls, malgré moi,  comme des orphelins.

Captivé par mon imagination, la lumière de la ville me retrempa dans l’ambiance du bavardage de notre chauffeur. Au bout d’un moment, il vira sa voiture dans une ruelle collatérale au grand boulevard Omar El-Mokhtar grouillant de monde et de voitures prises au piège dans un bouchon impénétrable ; Des klaxons injustifiés, des démarrages «  à l’Américaine  » et le son des autoradios poussé à fond provoquaient un bruit assourdissant, insupportable. L’anarchie indescriptible qui régnait dans ce bled ne reflétait à vrai dire que le bien-fondé  de ce qu’on racontait sur  ce pays. Derrière une série d’insultes qu’il balança de la fenêtre, à tout le monde et à personne, le chauffeur s’est rabattu sur l’accotement avant de s’engager dans l’engrenage mécanique qui aller se refermer autour de nous. Il  manœuvra le demi-tour,  me suggérant, devant des milliers excuses, de continuer à pied les quelques dizaines de mètres qui nous séparaient d’un vieil hotel . Il me l’exhiba du doigt. J’ai marché presque en courant…


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