Pays riche, peuple pauvre !

Bienvenue sur le blog d’Omar Saada.

9
juin 2009
UN REGARD LOINTAIN
Posté dans Non classé par pompier003 à 5:49 | 2 réponses »

Guevara écrit le 9 juin 2009.

 

  boudiaf1.jpg           atahmed.jpg         

Mohamed Boudiaf s’en souvient bien: tout a commencé par un coup de téléphone de son vieil ami, Ali Haroun, c’était lundi le 6 janvier avant le déjeuner, il venait de rentrer de la briqueterie, l’usine, comme dit la famille, et faisait, comme chaque jour, le tour du jardin avec Fatiha son épouse. Ils étaient devant leur anone, cet arbre exotique et bizarre qu’ils avaient un jour acheté à Tanger, le prenant pour un noyer! Depuis deux saisons, il donne des fruits ronds hérissés de petits piquants à la pulpe délicieuse. Haroun? Voilà plus de deux ans qu’il n’est pas venu le voir à Kenitra, mais la situation est grave en Algérie, les élections ont donné la victoire aux islamistes, que vont-ils faire maintenant?
Mohamed, j’ai quelque chose d’important à te dire.
- parle moi de la situation là-bas…que va-t-il se passer?
- pas maintenant. Il faut que je te rencontre, je vais venir te voir. Je te rappellerai demain.
Ali Haroun téléphona seulement deux jours plus tard ((si Mohamed en est agacé que croient-ils, à Alger, je travaille, moi j’ai l’usine à diriger!avec son légendaire mauvais caractère, il va rabourer Ali lors de son second coup de téléphone.
- si tu veux de moi pour créer un nouveau parti, ce n’est même pas la peine que tu te déranges, en tant qu’ami, tu peux évidemment venir me voir.
- écoute, j’arrive demain, répond Haroun sans se démontrer.
Ils doivent vouloir me placer à la tête d’un nouveau parti ou bien relancer le PRS qu’espèrent-ils? refaire un FLN? Si cela, c’est perdu d’avance, commente Boudiaf à son épouse. il lui raconte comment,la nuit précédente,il refait le rêve qui revenait sans cesse dans un sommeil quand il était détenu en France, à la fin des années 50.
Je n’y avais plus songé depuis au moins dix ans. Je rêvais d’une grande pièce qu’un officier français quittait soudain, l’air triste, laissant la porte ouverte. Alors incrédule, je m’aventurais dehors. Mais c’était un long couloir, sombre et interminable, qui s’ouvrait devant moi, je débouchais enfin sur une salle éclairée, une chambre d’hôpital. Au centre, sur un lit blanc, reposait une très jeune fille, inerte, je lui prenais la main, elle ouvrait les yeux…et c’est moi qui m’éveillais!
Ali est arrivé le surlendemain, vendredi 10 janvier, en fin de matinée, raconte fatiha boudiaf. Ils ont déjeuné en tête à tête et ont parlé jusqu’à 16 heures. puis Ali est reparti. Alors Mohamed a prévenu l’usine qu’il ne viendrait pas l’après-midi et il s’est mis à cogiter. En fait, les deux hommes ne touchent pas à la nourriture. la discussion est moins facile qu’on ne l’a dit par la suite. Ali Haroun n’ose pas lui dire l’essentiel d’entrée de jeu. Il sent que son ami est sur la défensive. Il préfère lui d’écrire longuement la situation, Boudiaf est atterré:
- qu’allez-vous faire? Le monde entier vous regarde. Le gouvernement a déclaré que ces élections étaient honnêtes et propres. Vous ne pouvez pas vous contredire. Il faut aller au deuxième tour et aviser ensuite.
Haroun argumente, explique que le FIS aura plus des deux tiers des siéges à l’assemblée nationale. La constitution lui permettra de remettre en cause instantanément les institutions, l’équilibre politique et social du pays sera bouleversé et l’Algerie se trouvera en situation de guerre civile. Boudiaf reste sceptique….Ali Haroun se jette à l’eau.
- écoute, de toute façon, l’armée ne laissera pas les islamistes prendre le pouvoir. Il s’est passé beaucoup de choses depuis une semaine. Chadli va annoncer sa démission demain soir. Il y’a eu un accord. Il accepte de partir. Le second tour des élections va être annulé. L’armée est prête elle maintiendra le calme. On va fonder un haut comité d’état, une sorte de direction collégiale. Mais nous savons tous qu’une telle direction ne fonctionne bien que si elle a un chef. Le conseil constitutionnel ne pourra pas assurer l’intérim de la présidence dans des conditions actuelles. Il faut quelqu’un d’incontestable pour personnifier le changement et remettre les choses en route…..Boudiaf le regarde, incrédule.
- je parle au nom de tous, poursuit Haroun, nous te demandons de rentrer au pays pour prendre la tête de ce comité……Boudiaf écarte instantanément cette idée.
- il n’en est pas question. Comment voulez vous que j’accepte un tel rôle? Cela fait 27 ans que j’ai quitté l’algerie. Je n’ai aucun moyen d’apprécier sérieusement la situation. Pourquoi moi? Non, ce n’est pas possible.
- que tu le veuilles ou pas, dit Haroun, tu détiens un capital historique qui ne t’appartient pas. Il appartient à l’Algerie. Tu ne peux pas refuser sans avoir apprécié de prés la situation. Ne prends aucune décision maintenant. Viens sur place pendant 24heures te rendre compte de ce qui se passe, le secret sera bien gardé, les rencontres nombreuses et les conversations sans tabou. Tu verras les dirigeants et aussi tous ceux que tu voudras, car tu possédes de nombreux amis à alger.
Haroun part, Boudiaf monte sur la terrasse carrée d’où la vue porte loin, il fait beau, la lumière est magnifique. mains au dos, sourcils froncés, il marche d’un pas vif. Il a parcouru des Kms sur cette terrasse. chaque fois qu’une décision d’importance l’exige, il y médite en marchant, il aime bien cette maison; le quartier est calme, les voisins de vrais amis, il a vu grandir leurs enfants. L’une des filles va bientôt devenir sa belle-fille, ce qui le comble de joie. tout est si simple une vie de famille heureuse, active, avec la perspective de rédiger enfin cet ouvrage sur le pays qu’il porte en lui depuis si longtemps, tout en voyant grandir ses futurs petits enfants. Il tournait comme un animal en cage, se souvient madame Boudiaf, soudain, il est redescendu pour téléphoner à rachid. Rachid crime est un peu son fils spirituel, cofondateur du PRUS avec Boudiaf, crime est aussi un exilé, il est professeur d’économie à l’université de paris VIII. Boudiaf a confiance en lui, en son jugement. Rachid krim n’hésite pas. Il va prendre à Orly le premier avion pour casablanca. Il sera le lendemain, samedi 11 janvier, jour de la démission de Chadli ben djedid.
Ca coince au palais! C’est par une formule triviale que le secrétariat général de la présidence fait savoir à l’état major que le président ne se contentera pas de prendre ses affaires personnelles et de regagner son domicile. Chadli tient à quitter le pouvoir en s’adressant au peuple. Il lui faut expliquer la logique de sa démarche et effacer toute impression de désertion. La rédaction de son message à la nation devient une affaire d’état. Elle traîne en longueur parce qu’il n’y a plus de véritable spécialiste au cabinet du président. Il ne veut et ne peut en confier la rédaction aux caciques du FLN. Il lui est difficile de rédiger seul un communiqué de si grande portée. Le risque de camouflet est trop grand: son texte pourrait être refusé puis re-rédiger par quelque obscur capitaine aux écritures du ministère de la défense! On trouve un compromis: le conseil constitutionnel va suggérer un projet de déclaration que le président amendera. Khaled nezzar s’impatiente. On entre dans le week-end, on prend déjà du retard sur le calendrier arrêté 5 jours auparavant. Chadli s’irrite. Si on veut le déposer, qu’on le fasse, qu’on étale au grand jour le coup d’état! Lui veut partir dignement, dans le respect de la réalité, pour favoriser la saine évolution du pays, et non pas pour torpiller la marche vers la démocratie, comme l’affirment ses adversaires. Chadli a surpris ses interlocuteurs en exigeant qu’il soit fait mention dans sa lettre d’adieu, de ce qu’il juge comme un point capital de sa fonction telle qu’il l’a exercée jusqu’a ce jour: le serment que le président de la république doit prêter sur la constitution de février 1989, dont il se considère le père. Il demande donc que les raisons de sa démission soient expliquées dans son dernier message présidentiel. le texte précisera:(( ma conviction était qu’il fallait donner au peuple algérien les moyens d’exprimer sa volonté… les mesures prises et les voies nécessaires au règlement de nos problèmes ont atteint aujourd’hui une limite qu’il ne m’est pas possible de dépasser sans porter gravement préjudice à la cohésion nationale. devant l’ampleur de ce danger imminent, je considère en mon âme et conscience que les initiatives prises en sauraient garantir actuellement la paix et la concorde entre les citoyens….la seule conclusion à laquelle j’aie abouti est que je ne peux plus continuer à exercer pleinement mes fonctions sans faillir au serment sacré que j’ai fait à la nation.
Quelques esprits retors ne manqueront pas de remarquer que Chadli s’est drapé dans sa dignité pour quitter le pouvoir plutôt que de trahir un serment….. qu’il n’avait pas prêté: aucun président algérien n’a encore à ce jour prêté serment sur la constitution de 1989 ! 
Le samedi 11 janvier au matin, la rumeur que Chadli annoncera sa démission le soir même court les salles de rédaction. Les états majors politiques sont en ébullition. Les petits partis attendent avec intérêt et un rien de cynisme les conséquences du départ de chadli. au FLN et au FFS dont les chefs, abdelhamid mehri et dda l’houcine ait Ahmed ont été courtoisement et officiellement prévus par le ministre de la défense en personne, on affiche un vague sentiment de défaite. en politiciens aguerris, les responsables de ces deux partis sont convaincus que la démission du président n’est que le prélude à l’annulation des élections législatives. Les islamistes sont arrivés aux mêmes conclusions, ils se demandent comment réagir. Abdelkader hachani, le porte parole du FIS, est pris à partie par l’aile radicale du mouvement qui veut anticiper les événements. les durs..demandent que le majlis echoura lance les foules dans les rues dés l’annonce de la démission du président afin d’empêcher tout arrêt du processus électoral. les conseillers les plus politiques d’hachani se veulent plus subtils, ils font remarquer que la démission de Chadli est la plus grande victoire que pouvait espérer le parti de dieu! la prudence l’emporte. Hachani impose d’attendre la suite des événements et propose que se tienne le lundi suivant 13 janvier, une réunion- la première- de tous les élus islamistes du premier tour. en fait, Abdelkader hachani a dans l’idée de rencontrer une nouvelle fois les responsables du FLN et du FFS pour mettre sur pied avec eux, et contre les militaires, une ultime stratégie pour défendre les résultats électoraux du 26 décembre: soit, au total deux cent vingt-huit siéges de députés.
officiellement, rien n’a filtré mais le téléphone arabe a fonctionné et , a 20 heures, la majorité des algériens zappent, passant du journal de la chaîne algérienne aux trois autres programmes des chaînes françaises accessibles grâce aux antennes paraboliques. pour le journal télévisé algérien, c’est un jour comme les autres. il évoque dans le respect absolu de la syntaxe ligneuse..comme le disait plaisamment Tahar Djaout pour signifier la langue de bois..la suite des travaux du conseil constitutionnel qui examine les nombreux recours déposés à l’issue du dépouillement du scrutin du 26 décembre, il donne aussi quelques titres de politique internationale et des résultats sportifs, notamment le résumé de l’étape du jour du rallye Paris-Dakar.
Antenne 2 a presque organisé tout son journal autour de l’événement attendu: la démission du président Chadli qui pourrait être annoncée d’une minute à l’autre..TF1 laisse l’antenne ouverte à ses envoyés spéciaux en Algérie. Quant à la 5, elle n’emploie même plus le conditionnel et suppute les conséquences de la démission du chef de l’état algerien. Elle est la première à évoquer explicitement le remplacement du président par un conseil collégial.
dans les rues de la capitale, quasi vides à cette heure, rares sont les passants à remarquer qu’une dizaine de véhicules blindés sont en train de prendre position autour du palais du gouvernement, qu’un peloton d’automitrailleuses quitte le garage souterrain du commissariat central, devant l’immeuble mauritania et se dirige vers l’assemblée populaire nationale; qu’enfin, dans le quartier des tagarins sur les hauteurs d’Alger prés de l’hôtel el aurassi , quelques chars ont été disposés aux carrefours proches du ministère de la défense.
a 20 heures et 20 minutes, le TV algérienne interrompt brutalement le compte rendu du rallye africain on voit le visage au sourire crispé de la speakerine, zahia benarous, remplacer sans transition des images de désert pour annoncer..(( on vient d’apprendre que le président Chadli a donné sa démission au président du conseil constitutionnel. nous rejoignons notre équipe au palais de la présidence)) suit une série d’images surréalistes: Chadli blême, subit stoïquement l’épreuve des photographes.. ils ne sont heureusement que deux. tassé à l’extrémité du canapé de velours jaune de son bureau présidentiel, tenant à deux mains un grand feuillet qui tremble un peu, il donne lecture de sa lettre de démission. a l’autre extrémité, perché comme un oiseau sur le rebord du siége, une veste de tweed sans forme sur un pull du cou camel, abdelmadjid benhabyles tente de conserver une attitude hiératique. Le président du conseil constitutionnel laisse transparaître son extrême tension. Avec un sourire figé, il reçoit des mains de Chadli le texte de la démission présidentielle- on dirait un parchemin- et la parcourt en secouant la tête comme s’il n’y croyait pas, comme pour, déjà la refuser. il avait été convoqué à la hâte: nul n’avait pris le temps, ou n’avait osé dire au haut magistrat pourquoi il devait venir à la présidence. en 5 minutes, tout était consommé. comme si l’on voulait très vite effacer 12 ans de règne du troisième président algérien.

Retour aux studios, où un rédacteur en chef rappelle l’évenement puis nouvelles images de la brousse africaine, mais cette fois non plus pour la course automobile mais pour un documentaire sur des espéces en voie de disparition…dans un meme élan, des millions de télespectateurs algériens changent frénétiquement de chaine.ils ont droit à 5 minutes de biographie de chadli ben djedid sur antenne 2 et à 5 minutes d’exégése politique sur la cinq.puis chacun se précipite à son balcon ou sur le pas de sa porte: il y a peu à voir, et c’est presque décevant. dans les quartiers populaires de la capitale là où on voté FIS en masse, on se replie sur soi-meme.on pressent que la démission de chadli ce (( clou)) qu’il fallait arracher pour que progresse la voie vers la république islamique, comme le disaient récemment encore les pancartes dans les défilés des barbus n’annoncent pas des lendemains qui chantent.
Kenitra, samedi 11 janvier, 20 heures, boudiaf et krim restent silencieux devant leur écran: chadli vient de démissionner.boudiaf mesure enfin la proposition qui lui est faite: devenir le chef d’un état de voyous en pleine crise. avec sa haute stature et ses cheveux poivre et sel, rachid a l’allure tranquille d’un haut fonctionnaire il sait se faire écouter il a toujours su conseiller, suggerer une stratégie, ne jamais réagir trop vite…krim est direct: ils ne savent plus quoi faire, ils se sont mis eux meme dans cette situation et ils comptent sur toi pour les en sortir.tu n’as rien à gagner à cette aventure, à la limite, tu peux attendre encore, tu seras le dernier recours en cas de blocage de la situation. tu n’en seras que plus fort.
Mohamed boudiaf est assailli de doutes, tard dans la soirée, comme convenu , l’attaché de défense algerien au maroc, le commandant Kacem, téléphone de rabat pour préparer son voyage secret à alger,boudiaf n’hésite pas:
- je vous demande de faire savoir à vos supérieurs que j’ai décidé de ne pas me rendre à alger, répond-il à l’officier.
Ali haroun raccroche à alger, au sein du groupe de réflexion, c’est la consternation, le dernier espoir d’un montage politique crédible s’évanouit. on est déjà le samedi soir 11 janvier. fatigués, assommés par le refus de boudiaf, les conjurés décident de dormir quelques heures et de tenter le lendemain une dérnière fois de faire fléchir le retraité de kenitra.
Nous l’avons rappelé quatre ou cinq fois le dimanche aprés midi, raconte si ali haroun.nous nous relayions, rien n’y faisait, nous allions nous retrouver sans solution. abdelmalek benhabyles, le président du conseil constitutionnel, avait prévenu qu’il ne pourrait pas exercer l’intérim de chadli plus de 48 h délai maximal acceptable, selon lui pour étudier la constitution et déclarer que le cas de figure de la vacance de l’assemblée nationale par dissolution et de la vacance de la présidence de la république par démission n’étant pas prévu par les textes, il incombe aux institutions investies de pouvoirs constitutionnels de veiller à la continuité de l’état de voyous.
il ne reste donc plus qu’une journée pour trouver , selon les mots d’un ministre une solution possédant un degré de légitimité suffisant et absolument nécéssaire si on ne voulait pas passer pour des putchistes.
c’est madame boudiaf qui va retourner la situation.elle raconte:
- vers 22 heures aprés sa prière et aprés le diner,je lui ai dit : mohamed, tu n’as jamais fui, tu as toujours dit que tu ne rentrerais en algerie que si le pays avait vraiment besoin de toi, aujourd’hui, c’est peut’etre le cas, va sur place et juge par toi meme. tu risques de regretter ensuite de ne pas l’avoir fait. il était assis au pied du lit, il n’a rien dit, il s’est levé et il est redescendu téléphoner à alger!..mohamed boudiaf rappellera plus tard l’anecdote:…avec sa logique souriante, fatiha mon épouse m’a probablement dit exactement ce que peut-etre inconsciemment je souhaitais entendre.
A 13h, le lundi 13 janvier chadli a démissionné depuis 36 h le gruman de la présidence algerienne se pose sur la base militaire de boufarik, pres d’alger le général khaled major khaled nezzar est au bas de la passerelle, un sac de voyage à la main, mohamed boudiaf, que sont allés chercher ali haroun, le général touati et le colonel smail des services , en descend.pendant tout le vol, boudiaf n’a pensé qu’à la situation politique, il n’a pas songé une seconde à se représenter l’algerie d’aujourd’hui.a vrai dire en descendant de l’avion, il n’a pas l’impression de revenir d’un éxil de 27 ans c’est comme un voyage entre parenthéses..peut-etre préserve-t-il ses sensations.
dés que la voiture sort de la base, c’est le choc il voit un tout autre pays que celui qui hante ses souvenirs.où sont donc passés les orangers qui bordaient l’étroite nationale? on roule sur une autoroute qui contourne boufarik. il y a des maisons, des immeubles, du béton et des gens partout. et, tout de suite la voiture entre dans alger.comme si les distances avaient rétréci, dans les rues de la capitale, les piétons grouillennt , ce qui m’a le plusfrappé, dira-t-il plus tard en évoquant ses premières impréssions, c’est le nombre stupéfiant d’enfants.je crois que la surprise a écrasé l’emotion, je me demandais si je n’étais pas en train de rever. et puis nous sommes arrivés à destination.
avant de descendre de voiture, khaled nezzar a dit l’essentiel au vieux militant. en peu de mots sans témoin: ce n’est pas une demi-mesure ni une manoeuvre, nous te proposons la présidence, le pouvoir, tout le pouvoir. et comme il anticipe la question de boudiaf, il ajoute : l’armée ne prendra pas le pouvoir , il n’en est pas question.
-Pourquoi? demande boudiaf.
- il n’yaurait plus de fusible.l’armée pourrait meme y laisser sa cohésion. elle est devenue une armée républicaine au service de la nation.
- etes-vous maitres de la situation?
- dans tous les cas, oui nous maintiendrons le calme, il faut que tu saches une chose: de toute façon, l’armée ne laissera pas le FIS parvenir au pouvoir.quoique tu choisisses, nous annulerons le deuxième tour.
tout est dit ,les deux hommes descendent , le reste ne sera que mise au point de détails. dans la soirée , mohamed boudiaf s’entretient par téléphone avec plusieurs de ses amis vivant à alger. des anciens du PRS, à qui j’ai demandé leur sentiment sur la situation. je ne leur ai pas dit que j’étais à alger; tous , je pense, l’ont deviné , comme ils ont deviné les raisons qui me faisaient soudain m’interesser autant à la politique du pays.
C’est en fin de matinée, le mardi 14 janvier, que le haut conseil de securité entérine en présence de mohamed boudiaf la composition du nouveau pouvoir collègial.boudiaf intervient peu.la veille , il a beaucoup écouté, et dit le plus important.autour de la table, dévorés de curiosité, mais n’osant pas le gener, tous le regardent par petites touches.avec ce désir d’appropriation de l’image que suscite l’approche d’une légende. le voilà donc, le fameux boudiaf, ils savent qu’on va les interroger.certains se projettent la scéne familiale qui les attend: comment est-il?- sec.- a qui ressemble-t-il?- a ramses II. avec lui, on a l’impression que la récréation est finie.
si ahmed ghozali relit le projet du communiqué: le haut comité d état est présidé par mohamed boudiaf.les quatres autres membres sont : khaled nezzar, ali kafi, ali haroun et tidjani haddam.
vers 15 h, boudiaf téléphone à son épouse:
- je rentre cet aprés midi, ne perds pas une minute, commence à préparer les affaires, nous revenons à alger jeudi.
- pour combien de temps?
- pour toujours sans doute
j’étais sans voix, dit madame boudiaf.tout venait de basculer, j’ai prévenu les enfants, j’ai demandé à ma jeune soeur de venir m’aider, et j’ai commencé à faire les valises. je ne savais ce qui nous attendait, j’ai pris des affaires sans discernement , j’ai meme emporté des draps! vous vous rendez compte? des draps…..

Rachid krim, prévenu d’ alger par boudiaf, se prépare, abasourdi, il ne laissera pas son ami et modéle venir tout seul dans cette galére.il sera de retour à kenitra ( maroc) le lendemain. le surlendemain, 16 janvier, tous deux s’envolent définitivement pour alger.l’hotesse s’efface,boudiaf se retourne.fatiha lui sourit, haroun le pousse.grande silhouette mince au visage trés creusé et grave, il franchit la porte, ébloui, l’air est doux.il y’a foule, bien sur, il connait tout le monde, mais les visages ne sont pas encore vraiment familiers et la lumière tellement vive, si ahmed ghozali, (noeud papillon), ali kafi (larges lunettes, grosses joues, vaste sourire, khaled nezzar ( imposant meme en civile, tidjani haddam ( discret) et tant d’aures.et puis des militaires aussi, dans des uniformes de cérémonie que boudiaf n’a jamais vus.quand il a quitté l’algerie, il n’y avait ni généraux ni décorations, l’hyme national le célébre kassaman, fige les gestes et rythme le coeur….a ce moment là j’ai ressenti une succession extremement rapide d’impressions: j’ai retrouvé l’émotion de mon premier pélerinage à la mecque, un amour extraordinaire pour tous ceux qui m’entouraient, l’immensité d’un horizon intérieur….une grande intérrogation aussi impossible à définir.. la musique s’arrete, libérant les sourires.ali haroun, chaleureux et empressé, présente des personnalités, derrière encore juché sur les marches de la passerrelle, précédant madame boudiaf, rachid krim enrégistre les détails je me disais : quel destin que celui de boudiaf! le voilà revenu, rappelé comme un sauveur, foulant le tapis rouge, j’exultais, j’étais si heureux pour lui..)) la garde républicaine, en tenue écarlate, lui rend des honneurs, il salut le gouvernement, puis reçoit les dattes et le lait, symboles de l’hospitalité. la bonhomie est méditerranéenne, mais le désordre algerien; on se bouscule convivialement vers le pavillon officiel.là, en plus, se pressent les journalistes, on ne sait plus trop quoi faire. on attend la télévision.boudiaf, ghozali, kafi,harounn nezzar,haddam s’asseyent sur la banquette sous le treillis de bois et les fausses plantes grimpantes.on échange des banalités. si le momen est historique, il n’en a pas la pompe. enfin, les micros se tendent..(( je suis aujourd’hui de retour dans mon pays, le destin m’ayant éloigné de la terre des ancetres. a tous, sans exception, je tends la main avec confiance et espoir et renouvelle mon serment pour l’édification de l’algerie.))
à la sortie de l’aéroport, quelques centaines de citoyens applaudissent sur le parcours, persone.mesures de sécurié, dit-on en vérité, presque tout alger est devant son poste de télévision.dans l’expectative, stastiquemet 2O pour cent seulement des habitants ont connu boudiaf, se souviennent de ses démelés avec ben bella, de son départ pour l’exil en 1964.
(( qu’importe, reconnaitra plus tard mohamed boudiaf, je savais que ce ne serait pas facile.comme tout ce qui commence.
à belcourt, bachedjerah, kouba, les femmes en hidjab et les barbus vont et viennent sombrement pour eux boudiaf n’existe pas on leur a volé leurs élections.pour l’instant, seule consigne: ne pas bouger, l’armée et plus encore la police- est extremement tendue. le moindre incident peut dégénérer.des chars sont revenus dans le centre ville et l’on sait que d’autres blindés sont massés à proximité des zones sensibles.dans les quartiers moins populaires, seul le coup d’arret donné au FIS rassure. le retour de boudiaf ne suscite qu’une curiosité mitigée.(( il a l’air bien vieux)).
16 janvier 1992, 18 heures, boudiaf va preter serment, tout commence, se dit-il. il ne lui reste que 165 jours à vivre.

la vague de violence se déferle sur tout le pays, le parti de dieu (FIS) lance chaque vendredi aprés la prière du DOHR, des appels à ses militants:..Sortez dans les rues,ne vous laissez pas faire par ce régime tyranique, les forces de l’ordre réagissent avec des grenades lacrymogénes et tirent vers le ciel des rafales de sommation, l’air est irréspirable à Kouba , fief du FIS, le cauchemar se répéte chaque aprés midi ,la mosquée essouna de bab el oued a été rendue célébre par les preches incendiaires, l’imam Abdelkader moghni y a incité les soldats à tourner leurs armes contre leurs chefs, il a été arreté le lendemain.Boudiaf avait classé comme premier dossier à regler en urgence , celui du FIS pour s’en occuper ensuite d’autres affaires, il avait choisi un petit groupe avec qui travailler en toute sincérité, il s’agit de : Krim rachid agé de 53 ans,l’un des plus jeunes confondateurs du PRS en septembre 62, le parti de la révolution socialiste que boudiaf a créé, rompant avec le FLN ce qui lui vaudra d’etre arreté par ben bella l’année suivante,abondonnant sa vie d’universitaire parisien Krim accouru à Kenitra ( Maroc) à l’appel de son ami il est devenu son chef de cabinet présidentiel, mohand dehous , un kabyle de 43 ans , ingénieur en télécommunication, Ahmed djebar , 48 ans, mathematicien et enseignant à Paris sud,hocine ben djoudi, directeur de l’aménagement du territoire, le gros du serail n’avait pas accepté la venue de boudiaf, il a été imposé par la situation et le clan des modernistes.Mohand dehous se souvient avec amertume en disant:..j’avais des réunions avec des hauts responsables,mais on ne se comprenait pas, nous parlions des langues différentes, nous n’avions pas les memes structures mentales.la première surprise des conseillers était la découverte des agendas de chadli ou notait à chaque fois RAS, ils avaient aussi constaté que les documents de travail ont disparu , l’équipe prends en marche les affaires d’état en consultant ministres et cabinets.Boudiaf avait gardé le secrétaire général de chadli, Abdelaziz khellaf, un homme du sud, ancien ministre des finances, il avait aussi réduit les effectifs de la sécurité présidentielles , il n’en change pas du tout la tete , naif qu’il était.Boudiaf était fort apprécié par le peuple mais pas par la mafia-politico-financière, ces redoudables voyous qui pensaient déjà à son élimination.
Le Président Boudiaf avait l’idée de rétablir en extreme urgence l’état de droit pour y parvenir il entend agir sur deux fronts: reprendre le terrain religieux aux activistes et lutter contre la corruption née le 1 novembre 1954, il veut contcrétiser une double rupture avec le FIS d’abord et avec le FLN qu’il considérait mort depuis 1962.Ahmed djebar rapporta que la société algerienne est transformée en un systeme mafieux , il l’avait répété à plusieurs reprises, pour Boudiaf tout était à refaire, l’algerie souffre de plusieurs maladies, pauvre! boudiaf , il ne savait pas ce qui l’attendait.Samedi 18 janvier, une réunion s’est tenue au palais présidentiel, boudiaf insiste pour que soit avant tout un semblant d’ordre politique, agir sans tarder pour dépolitiser les mosquées:….Trouvez une solution, je ne veux plus que le vendredi fasse d’alger un nouveau téhéran, ghozali et ses acolytes ont fait appliquer la décision .Le FIS est officiellement né le premier Mars 1989 à la mosquée de ben badis Kouba, abassi madani s’est ensuite imposé comme leader de la formation naissante. vu ce qui s’est passé entre le pouvoir et le FIS , boudiaf, par la suite, s’empresse de prendre en charge le dossier corruption qui était , et sera toujours : LANGUE NATIONALE ET OFFICIELLE EN ALGERIE,il commence à connaitre les rouages de l’administration et de l’armée, toutes les semaines il consulte un rapport sur une structure ou une unité , et en reçoit les responsables, quelquefois il se déplace et s’entretient directement avec les cadres subalternes sur les lieux de travail, la formule agace évidemment les chefs, boudiaf n’y a recours que pour les administrations ou les unités sensibles…douanes, gendarmerie, administration militaire.Un jour il étudie le rapport sur l’histoire des camions et du fameux D15. Le D15 est un document administratif que la douane remet à son entrée sur le territoire algerien à tout transporteur désireux de traverser l’algerie pour acheminer sa marchandise dans un pays voisin, sur ce formulaire doivent etre portées l’identité du transporteur, l’identification du camion, la valeur et la description des marchandises transportées, boudiaf fait le ménage chez la douane 06 officiers en poste à blida sont inculpés et incarcérés pour faute professionnelle grave,l’un d’eux mokhtar bourmad va etre remis en liberté conditionnelle,quelques mois plus tard il afirme avoir fait l’objet de tentatives de corruption en échange de son silence.Un matin de septembre, son frère mohamed, commandant de la gendarmerie en congé vient de le voir , le douanier lui avait prété sa voiture, lorsque son frère repart, il est à peine installé au volant qu’il est tué de deux balles dans la tete, tous les proches souligneront la ressemblance entre les deux frères mohamed le gendarme a été confondu avec son frère mokhtar, le douanier intégre c’est qu’il s’agissait d’un contrat visant à éliminer un temoin génant opposé à ces trafics concluent les collégues du douanier menacé
……… à suivre


Fil RSS 2.0. Vous pouvez laisser une réponse.

2 réponses:

  1. Ahmed écrit:

    L’affaire D15 c’est grace à BOURMAD et son collègue et c’est eux qui ont découvert certains dépassement bien que cette affaire été monté de toutes pièces et qu’il y a un groupe qui étaient derrière cette affaire bidon à des fins politiques car il y a eu falsification de document et le PV a été falsifié par Benamar REGUE et SOUHABI et meme SOUHABI qui détient certains secrets sur cette affaire il a des remord car il a été piégé par Med NOURA homme de la DRS, et lors d’une interview à la chaine elarabia il leur dit claierement que tant qu’il y a des gens bien placé toujours vivants je ne peux donner aucune information su cette affaire donc l’affaire D15 était un complot contre l’Algérie et ce n’est pas une affaire de douanes ou de corruption mais c’est les frontières qui été visée car les frontières devaient étre préparée au trafic d’arme surtout la frontière algéro-marocaine d’après Slimani qui a fait lui aussi parti du complt tout comme salah el hedi, djebara, noura, le député de blida, le juge benzaoucha, le procureur général mestiri,benamar et souhabi et il y avait des milliards qui ont été empoché par cette équipes surtout le député, le juge et son procureur général il y d’autre secrets que je ne peux révélés pour le moment.

  2. mohamled écrit:

    je suis un ancien de la gendarmerie et nous n’avions aucun droit de fouillé le camion transporteur et porteur de d15.la plus grande mafia en algerie c’est bien la douane

Laisser un commentaire

Association pour une Meille... |
NON A GILBERT ANNETTE |
Nantes Démocrate 2008 |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | saharalibre75
| romaindesforges
| LGP 2008