Pays riche, peuple pauvre !

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Archive pour le 22 octobre, 2007


Le félon des pompiers algériens.

22 octobre, 2007
Non classé | 431 réponses »

oma003.jpg      

Par l’ex capitaine Omar Saada                

   http://www.facebook.com/profile.php?id=100000284696828                            

Des ex collègues de la protection civile algérienne viennent de me faire part que l’ami du président algérien Abdellaziz Bouteflika, le colonel de l’armée Mustapha ( ou Lakhdar ) El-Habiri, le directeur général, ne cesse de se faire distinguer par des exhibitions, pour le moins, scandaleuses. Dernière parade : Il vient d’ouvrir une sorte de cabaret dans l’enceinte même du complexe national de la protection civile de Dar El-Beida. Quant aux traineuses-danseuses, elles ne sont autres que certaines filles de moeurs légers recrutées en qualité d’agents d’interventions. Et gare a celles qui refusent d’obtempérer à ses désirs, à l’exemple des trois filles de Sidi Bel Abbés, suspendues – ou révoquées – par un toutou d’El-Habiri, parce qu’elles ont refusées l’ordre établi. 

Ainsi donc, et après le bar et le « Hammam » qui existait déjà depuis 2004 au sein de ce complexe, dans lequel notre félon et les autres mafieux du régime algérien venaient passer de bons moment, sous l’ombre des eucalyptus, en transformant des valeureux pompiers en serviteurs de Whisky, El-Habiri passe a la vitesse supérieure en usant du chantage et de la menace. Cette fois, il veut faire des filles du peuple algérien des prostituées afin de combler ses instincts animaliers. Demain, s’il est laissé agir a sa guise, il ne faut pas se surprendre de le voir ouvrir une maison de tolérance, dont la rente lui permettra, ainsi qu’a son beau frère et associé, le général de l’importation du blé Larbi Belkheir, d’autres affaires fructueuses quelques part  en algerie. Il est en toute évidence clair que celui qui ne détient même pas un décret présidentiel de nomination, pour des raisons que Bouteflika ne semble pas ignorer, ne peut en aucun cas faire mieux. 

La honte au président algérien Abdelaziz Bouteflika et tant pis pour les pompiers qui laissent ce félon salir leur noble mission.       

                                       Le traitre    

                   Mustapha     habiri.jpg    El-Habiri

Ces valeureux pompiers ne meritent pas  que le félon

    ci-dessus porte atteinte a leur bonne reputation

                     incendie.jpg

                                         

Adresse du blog : pompier003.unblog.fr

La marche générale des aberrations

22 octobre, 2007
Non classé | 12 réponses »

 Par Omar Saada, refugié en Norvege depuis 2005.

   C’est une de ces histoires, qui font rire mais  véridiques, que les Algériens vivent au quotidien. Elle concerne, justement, les ghettos créés par l’Etat, plutôt par la rue-publique de Bouteflika et de ses voyous au profit des sinistrés. Et les sinistrés en Algérie, c’est tout le peuple, je dis bien  tout le peuple, á l’exception  des serviteurs qui se sont dévoués dans ce qu’on appelle, chez nous, « echita » afin de plaire á leurs maîtres.  

     Je commence tout d’abord par le ghetto érigé au lieu dit « FAES », situé dans la périphérie ouest de BOUMERDES, non loin de CORSO, lieu ou j’ai habité plusieurs mois  suite au tremblement de terre qui a ébranlé la région le 21 mai 2003  et qui, selon les chiffres officiels, a fait pas moins de  2300 morts et 130000 de sans-abri. Les scouts (musulmans) algériens et l’UNJA, des organisations de l’ex et l’actuel parti unique, le FLN ou le RND, furent chargés de distribuer le fameux «repas chaud» promis par Bouteflika et ses larbins. Les voilà donc, ces bons élèves de la langue du bois et de l’oligarchie, à l’heure de la soupe, passant de tente en tente, ou plutôt de famille en famille, puisqu’il y avait deux familles par tente. Au menu : pâtes et oeufs durs. Sous les toiles surchauffées, en cette saison de grande chaleur, les spaghettis gelés n’ont aucun succès. Au bout d’un moment, un des scouts explose de colère : «Ils ont dit qu’il vous faut un repas chaud « (Bravo ! Lui ai-je lancé) …et de continuer « Celui qui ne prend pas les spaghettis n’aura pas droit à l’oeuf.» (Õ ! Pardon, je vous ai mal compris.). Un voisin de tente, ingénieur, n’en finit pas de me simuler la scène. Ce sont des gamins, à peine une ombre de moustache, mais, déjà, des vrais représentants du FLN et du RND. Ils ont ce geste sévère, cette manière de faire la bienfaisance comme on donne un coup de gourdin, façonnée par quarante ans de bureaucratie « FLNoRNDiste », dont les quinze dernières sous  l’état d’urgence.»   

Juste après le tremblement de terre, l’Algérie apparaît dévêtue. « Pourquoi nous énerver,  puisque nous sommes  sinistrés depuis le départ des français en 1962. Maintenant, nous avons  le statut, c’est tout », a dit un jeune Kabyle, ironiquement, à un représentant de l’Etat chargé de la gestion de notre ghetto. Au moment du sinistre, «ce sont les citoyens ordinaires qui nous ont aidé, se souvient Salah, un autre Kabyle, enseignant (En Algérie, on dirait qu’il n y a que les Kabyles qui osent dire les choses en face). En effet, ce sont les simples citoyens, des jeunes, majoritairement chômeurs, qui sont venus a notre rescousse avec  couverture,  pain,  fromage  et eau. Un commerçant d’Alger avait fait un mur de yaourts avec son propre stock. On mangeait mieux qu’en temps normal. Nous sommes restés plusieurs jours  rien qu’entre nous, les morts et les vivants ensemble. Mais sans eux, les autorités, et c’est tant mieux !

Quand les officiers de l’armée et des pompiers arrivèrent devant les immeubles effondrés, dans la cité 11 décembre de Boumerdes, 24 heures après le sinistre, ils n’avaient même pas une pioche ou une lampe a main. A REGHAIA, par exemple, où un immeuble d’habitation a pris feu, ils l’ont laissé brûler jusqu’à l’écroulement, puisque les malheureux sapeurs pompiers – ce n’est pas de leur faute – ont débarqué avec des tuyaux crevés, donc inefficaces. A BORDJ- MENAIL, Le premier responsable d’un ministère  de souveraineté,  spécialiste dans la torture et le vol de pharmacies, s’est phénoménalement justifié devant les citoyens « nous n’avons réalisé l’ampleur du drame que vingt-quatre heures plus tard, mais ne vous en faites pas, des bulldozers arriveront, a la première heure demain, et tout rentrera dans l’ordre ! ». Plus tard, un officier des services de sécurité n’a rien trouvé à faire que de brutaliser publiquement un malheureux sinistré qui a osé critiquer l’inertie de l’Etat : «Vous n’aurez  ni tente, ni aide. Et si vous voulez manifester, faites-le et vous verrez». Lors de ses premières visites sur les sites, la petite patronne Bouteflika a été reçue par des jets de pierres – les tomates  sont très chères – comme une nouvelle version des inondations de Bab-El-Oued qui avaient tourné à la protestation un an auparavant.

    Mais, cette fois, à notre grand bonheur, nous avons eu un peu plus de chance par rapport aux sinistrés du séisme de « Chlef » en 1980, de « Tipaza » en 1989, « Ain Temouchent », « Mascara »…… L’opinion internationale a sorti ses carnets de chèques. En Algérie, les élections présidentielles étaient prévues dans quelques mois. Et les deux pôles de contestation, les plus organisés, ont investi précipitamment le terrain de la solidarité que le pouvoir avait laissé en friche : les associations islamiques d’une part, et la région kabyle d’autre part, ont multiplié aides et distributions. Dès lors, il n’était plus possible pour les autorités de ne rien faire. « Le pouvoir ne peut tolérer de laisser agir les autres, surtout les intégristes et les Kabyles. Sinon, il n’est plus le pouvoir et aucun ne va croire, lors du prochain « referendum » présidentiel, que Bouteflika est effectivement arrivé en tête, dés le premier tour, sans bourrage des urnes  » tonna avec regret un député du FLN – ou du RND -  (ex et nouveau parti unique toujours aux commandes).

D’un coup, les autorités passeront du rien faire au tout faire. Elles, et rien qu’elles, prendront désormais les choses en main, du 200 % étatique, la gestion totale des ghettos depuis l’électricité gratuite, la soupe gratuite jusqu’aux gendarmes lourdement « vêtus » pour nous « surveiller ». Il ne faut surtout pas oublier les promesses non tenues de Bouteflika, notamment le relogement pour l’ensemble avant l’hiver, peut être même avant la fin de l’été. Aussi, et afin que le pouvoir soit pouvoir, tous les dons devront être remis et centralisés par les institutions de l’Etat, notamment l’armée, la protection civile et le Croissant Rouge algérien. Rapidement arrivées, avant même les équipes algériennes, les équipes de secours étrangères seront rapidement remerciées. Nous, nous aimons faire les choses a huit clos et nos problèmes nous les réglerons entre nous et, surtout, sans témoins.  

Sollicités face à la pénurie de tentes, les Etats-Unis, l’Italie, la France et même la Libye ont été priés de laisser leurs containers métalliques aux  autorités  algériennes : Ils seront nécessairement utiles pour héberger les citoyens. D’ailleurs, ils sont nettement mieux que les  chalets américains de l’Ouest algérois ( de Morreti, de Sidi Fredj  et de club des pins) qui n’ont coûté  presque rien au trésor public, si l’on considère la dette algérienne  et  la rente pétrolière…..toujours en hausses !                 

«Il nous a été dit sèchement que l’Etat avait le monopole de toute la distribution, explique un logisticien occidental. A partir de là, la solidarité internationale s’est ralentie, d’autant que beaucoup n’avaient pas encore oublié les inondations de Bab-El-Oued où des détournements massifs avaient eu lieu. Pour le cas de Bab-El-Oued et  les  détournements massifs  des dons étrangers, acheminés tout droit de l’aéroport Houari Boumediene de DAR-EL-BEIDA vers le parc national de la protection civile de la même ville, je suis plus que certain que ce n’est pas le colonel Mustapha El-Habiri, le DG de la protection civile, ni son larbin, le colonel Moussa Kaabache, l’inspecteur général,  qui oseront me contredire !                               

Une nouvelle fois donc, les caïds de la protection civile algérienne, ceux dont la raison d’être est de proposer les voies et les moyens pour alléger les effets dévastateurs de la catastrophe, occupèrent les devants de l’aéroport pour réceptionner les dons parvenant de l’occident. Ils ne manquèrent pas de coloniser également les médias, en ne laissant aucun espace à ceux qui ne sont pas des leurs. Ils se mirent à déverser  des arguments sortis du congélateur, les mêmes qu’ils ont servis, une année avant, lors des inondations de BAB-EL-OUED, pour tenter de convaincre une opinion publique, à la fois désabusée et incrédule, qu’ils ne sont pour rien dans  ce qui s’est passé et que c’est la faute aux autres, allant jusqu’à nous avancer que ces désastres sont dus à la manifestation d’un caprice de la nature !  La petite patronne pourchassée, la ou elle va, par des insultes et des jets de pierres, a raconté beaucoup de choses, en particulier que c’est la faute aux entrepreneurs, voire même aux trabendistes ! Tout le monde est fautif sauf ceux qui sont grassement payés pour veiller sur la sécurité des citoyens et ceux qui sont désignés pour traquer la corruption, racine mère des malfaçons. Ces derniers, qui  ont reçu de leurs glorieux ancêtres un enseignement expurgé de la pratique du vol, du mensonge et du remaniement de la brosse à reluire, sont désignés pour être livrés aux gémonies de la confrérie des caïds de tous bords.  Bref, je vais les laisser terminer le stock de nourriture dérobée, en attendant de nouvelles catastrophes, quant a moi, je vais revenir au plus sérieux.   

Sur la nationale 24 qui relie Alger à Boumerdès, une fourgonnette est arrêtée à un barrage de contrôle aux environs de HRAOUA. Vérification du coffre par les gendarmes, pendant que les trois jeunes occupants, presque des gamins, doivent lever les bras en l’air. «Ils transportent sans permission des bienfaits pour les sinistrés », explique l’un des gendarmes a son chef « Or les particuliers ne sont plus autorisés à donner,  seul l’Etat en a le droit de le faire» D’un des ballots apparaissent des vêtements et des paquets de biscuits. Confisqués. Un petit groupe d’automobilistes donne à un des jeunes le courage de protester : «C’est quoi ce pays où aider est crime ?» Permis de conduire saisi. «La prochaine fois, on prend aussi la camionnette.» L’un des jeunes marmonne «Dès qu’on s’organise nous-mêmes, ils deviennent enragés ( les autorités, ndlr.»

A ZEMMOURI, le courbet de ces « indignes » français qui nous ont laissés tel des orphelins qui n’ont personne pour les protéger, les sacs de vêtements offerts par des concitoyens forment un tas carbonisé. Le colonel, un certain Bouchakour, qui s’était proclamé «bouclier contre l’anarchie» dans la zone, les a brûlés. Il s’est déclaré Dieu sur terre. Nul n’avait le droit de le regarder dans les yeux. Il ne sait que donner des ordres et insulter…. les femmes !!  

Les  « Bouteflikistes » du milieu  politique et administratif se sont bagarrés pour placer leurs hommes à la direction des ghettos. « Sauf Bouteflika, il  ne faut en aucune façon que l’un ou l’autre tire profit de la situation», s’exclame un responsable du ministère de l’Intérieur. Le président Bouteflika, fidèle à la politique algérienne, obtempère en nommant les siens et les  leurs dans les préfectures et les mairies, il délègue même les petits fonctionnaires. Ceux qui acceptent de travailler pour le même objectif et les mêmes intérêts, notamment la fraude électorale.

A l’entrée de BOUMERDES, Hocine s’arrête devant la tente de l’administrateur. Il nargue : «Qui dirige ici ?» Autour, on trépigne : «L’UNJA.» C’est l’union nationale de la jeunesse algérienne, affiliée au FLN et au RND : L’administrateur est aussi du même clan ! Ce dernier « accepte les quotas de nourriture établis par le gouvernement et ne fait rien » tonne  Mokhtar. « Heureusement, je me fais passer pour un  militaire, et grâce à ça, je me permet d’arracher davantage pour moi et mes amis ».                  

Où sont passés les  dons ?                                                                                                       

Loin de satisfaire le minimum vital, chaque distribution de l’Etat exaspère davantage. Au ghetto de « Faes », la file d’attente s’agite alors qu’on donne des couvertures. «Ils gardent les bonnes choses pour eux et nous refilent les déchets», crie l’un. L’autre : «Où sont les dons internationaux ? On ne reçoit que des produits pourris». On scande le slogan, typiquement kabyle, «Pouvoir assassin». Entre les tentes, chacun raconte la corruption et les détournements. « Consigne du ministère de l’Intérieur : pas de protestations », explique un administrateur, « Si un site chauffe trop, ils nous ont conseillé une méthode : Recruter des hommes à 9 000 dinars (90 Euros, environ 15 % de plus que le SMIG algérien) parmi les sinistrés qui ont un comportement raisonnable ». En Algérie plus de 50 %  sont chômeurs. Alors, ils se mettent tous au garde-à-vous en espérant l’embauche.                              

Dans plusieurs ghettos, certaines familles ont accroché sur leur tente un panneau personnel. « Ici, sinistrés totalement sinistrés. » « Sinistrés à qui il ne reste rien du tout ».» « Famille sinistrée qui n’a pas de famille pour l’aider. » Devant l’échancrure d’une toile, une femme se rince les cheveux, l’autre s’est réfugiée un bon moment dans le WC collectif pour mieux respirer. C’est justement l’heure où les hommes sont priés d’aller faire un tour quelque part pour laisser les femmes sortir des tentes. Ça discute beaucoup dans les allées. « Quand on demande quelque chose aux autorités, on nous répond quel est votre numéro de tente ? Si tu n’en as pas, tu n’as pas droit à la parole, comme si tu venais d’une autre planète, que tu n’avais jamais habité l’Algérie. Ici, la preuve qu’on est algérien, c’est qu’on a une tente. Pas l’inverse. La tente, elle est devenue une pièce d’identité, une nationalité. » Alors, pour avoir la sienne, il a fallu courir et, parfois, implorer, voire  pleurer. Dans la distribution, les premiers servis par les autorités ont, bien sûr, été leurs connaissances et les béni-oui-oui. Les autres devaient s’inscrire sur la liste d’attente avant d’avoir le droit d’embarquer à bord d’une tente. Trois mois plus tard, un président d’APC (le maire) a annoncé à des pères de famille qui sollicitaient des baraques « c’est complet, vous êtes plus de 300 à attendre. Ce serait plus facile pour moi si vous étiez tous morts« .» Sans révolte, comme une évidence, une femme approuve : «C’est vrai qu’ici ils aiment les morts parce qu’ils savent quoi faire avec. Mais les vivants, c’est un problèmes pour eux, alors, c’est simple,  on les tue !!?» En Algérie on raconte qu’en 1979, juste après  son élection comme maire de la ville, un candidat FLN avait annoncé son programme : « Les premières cinq années, ce sera pour m’enrichir, moi et les miens. Si vous voulez quelque chose pour vous, il faudra que je décroche un deuxième mandat… » Incroyable :  il  était au courant  dejá  du programme électoral de  Bouteflika  !

Revenant aux choses sérieuses.

Comme partout donc, pas question en tout cas de s’éloigner des tentes suffocantes, de rater une seule distribution. Tout le monde avait bien sur le droit d’aller passer quelques heures dans un endroit plus confortable. Mais si quelque chose a lieu et que tu n’es pas là, tu peux tout perdre. Les autorités se disent : celui-là n’a besoin de rien.                                               

En effet, alors que la population sinistrée s’attendait à ce que les gesticulations et les discours suffiront pour aller au fond des choses, les conclusions qui s’en suivirent prennent a contre pied celles que les plus optimistes escomptaient. Une contre vérité que seule la gouvernance algérienne sait produire. La clémence de son verdict a rendu plus dramatique son incompétence et sa malhonnêteté. En Algérie, il y a des fonctionnaires, et ils sont connus, qui violent la loi. Il y en a d’autres, moins connus, qui falsifient la loi et il y a aussi Bouteflika qui protège tout ce monde. Les uns et les autres jouissent d’une impunité absolue. Sinon, comment expliquer que les dernières catastrophes ont fait, chez nous, un nombre démesuré de victimes et de sinistrés et, en même temps, un nombre non moins démesuré de milliardaires ? La gangrène sécrétée ; en Algérie, par les génies de l’anarchie est bien profonde !                                                                                                      Omar Saada

 
                                                                  

                                                                       —000—  

 

   L’ALGÉRIE,       le chagrin et la colère.  

          Reportage  

    publié par « le point » 

Edition N 1602 du 30/05/2003 page 44  

Olivier Weber  

Dévastée par un tremblement de terre, la petite Kabylie et la ville de Boumerdès remettent en cause les errements des dirigeants algériens.  

    Omar Saada a tout perdu, tout sauf son honneur de capitaine. Officier de la Protection civile algérienne, il a ressenti le terrible séisme dans tout son corps. Il s’est jeté au sol, le soulèvement de la terre s’est arrêté aux portes de son immeuble, et le monde a plongé dans un univers de chaos, de terreur et de désolation. Ancien directeur de la Protection civile de la wilaya d’Illizi, dans le sud algérien, ce quarantenaire volubile a la rage au coeur : il avait dénoncé l’an dernier les errances du gouvernement en matière de gestion des catastrophes dans un livre retentissant, au ton virulent, et qu’il avait titré « La Déchéance administrative ». Plusieurs journalistes avaient salué l’audace de l’officier des pompiers. La presse l’avait surnommé « capitaine courage ». « L’omerta, caractéristique des corps paramilitaires, vient d’être rompue pour la première fois par un officier de la protection civile » écrit le Soir d’Algérie. Puis le directeur de la Protection civile a dû démissionner. Trop dénonciateur. Trop dangereux. Ce qu’il remettait en cause, c’était toutes les pratiques de corruption du régime. « Les mandataires de l’injustice », comme il les surnomme, ont fini par avoir sa peau, lui, héros de la lutte contre la corruption. Alors, quand la terre d’Algérie a tremblé, quand les entrailles de son pays se sont ouvertes pour avaler nombre de ses voisins, là, sur la petite colline de Boumerdès, quelques minutes avant le coup d’envoi de la finale de la Coupe d’Europe, le capitaine déchu a aussitôt dévalé les escaliers. A vingt mètres de chez lui, la Cité du 11 décembre a quasiment disparu. On relève des centaines de morts dans la ville, plus de 2200 dans toute la contrée, de Zemmouri, la petite station balnéaire, l’ancienne Courbet des Français, jusqu’aux faubourgs d’Alger, et plus de 9000 blessés. Le sang d’Omar Saada n’a fait qu’un tour : ce séisme de 6,2 sur l’échelle de Richter (6,8 selon l’institut de sismologie de Denver aux États-Unis) ne pouvait malheureusement que démontrer ses dires. L’enrichissement de nombre de cadres de la fonction publique ; la corruption endémique ; les constructions sauvages ; le népotisme et la prévarication ; les marchés publics qui profitent à une certaine grange des cadres de l’État… Au milieu des décombres, le capitaine déchu a erré comme un fantôme, entre les survivants au visage ravagé par la douleur. On fouille les ruines au petit bonheur la chance, en guise de défi au funeste destin. On croit percevoir un souffle, et ce n’est que le vent, lugubre comme une promesse de mort qui soulèverait un voile jaunâtre. Le petit immeuble d’Omar Saada tient encore debout, et c’est un miracle si l’on ne compte aucune victime dans les étages. Mais le bâtiment est condamné par les fissures qui émergent sur la façade. Au coin de la rue, c’est un spectacle de champ de bataille : les dalles de béton se sont écroulées les unes sur les autres. Poutrelles enchevêtrées, murs écrasés entre lesquels apparaissent des corps, cris de douleur sous un tas de gravas. Le capitaine courage organise aussitôt les secours, puisque l’équipe de la Protection civile tarde à venir. Dans la ville paisible de Bourmerdès et ses environs, 91 immeubles collectifs et 570 maisons individuelles se sont effondrés. Sur la place voisine, l’horloge s’est arrêtée à 19 h 45. L’heure du drame, tandis que les télévisions plus loin continuaient de diffuser la finale de la coupe d’Europe. Quel paradoxe… Cette cité du 11 décembre, fruit elle aussi de la corruption, a piégé nombre de privilégiés et de profiteurs du système lorsque la terre s’est soulevée dans ses terribles hoquets. Là, le mètre carré s’est vendu plus cher qu’ailleurs : 4 millions de dinars, soit 40.000 euros, pour un 5 pièces de 130 m2, contre 2 millions dans les autres quartiers. « Et pourtant la qualité y est déplorable » fulmine le capitaine Omar Saada. Dans l’immeuble ratatiné où pend encore une serviette de bain comme un sinistre drapeau en berne, vivaient des cadres supérieurs, des avocats, des notaires, des entrepreneurs. Ils venaient d’emménager dans cette bâtisse de nouvelle génération. Eux aussi furent tous piégés. Rattrapés par l’hydre de la tchipa, la corruption. Plus loin, il ne reste d’une pharmacie, au rez-de-chaussée d’un petit immeuble, qu’un bocal de formol où gît un serpent qui semble encore prêt à mordre. Tel le capitaine courage, héraut de leurs doléances, le peuple algérien est en colère. Et les plaintes des rescapés, fantomatiques ombres couvertes de poussière, disent l’amertume de l’Algérie blessée, trahie par le pouvoir jugé incompétent. « Représentants de l’État, promoteurs, entrepreneurs, tous coupables » clamait lundi à la « une » le quotidien Liberté. A Thenia, petite ville posée sur de vertes collines dont les immeubles du centre se sont affaissés comme des châteaux de cartes, les rescapés, cinq jours après le drame dans la région la plus peuplée d’Algérie, n’ont toujours pas reçu de tentes pour s’abriter. Les denrées sont rarissimes, malgré les promesses des autorités et ce sont les paysans du bled, descendus de leurs montagnes, qui viennent offrir leurs maigres trésors, au bout d’une route encore hantée par les groupes islamistes. « Il faut leur donner à manger sinon ils vont finir par s’entre-tuer pour la nourriture ! » prévient le secouriste Samir. Quant aux engins de levage, ils sont largement insuffisants, malgré les plans d’urgence. A Zemmouri, épicentre du séisme, au bord de la Méditerranée, cette mer qui a reculé de deux cent mètres comme pour annoncer le mauvais présage avant de lancer ses vagues à l’assaut des premières maisons, le maire n’a même pas daigné se rendre au chevet des blessés. Le wali, le préfet de la région ? Il répond aux abonnés absents. Et ceux qui continuent au cinquième jour du drame à gratter le sol de la mosquée au minaret penché comme une sinistre tour de Pise ne sont que des volontaires, des gens du quartier, des chebabs, des jeunes venus du djebel pour prêter main forte aux hommes de bonne volonté de « Zemmouri la chahid », la ville martyre. Là priaient à l’heure du séisme des dizaines de croyants, comme dans 91 autres mosquées ravagées par le séisme. Là reposent des corps à l’odeur déjà pestilentielle. Linceul de béton. Sur un corps sans vie, un charognard a volé un portable. Courroux de la rue. Par un incroyable retournement, ce sont des fonctionnaires qui agonisent d’insultes les hiérarques de l’État. Tandis que deux sympathisants de l’ancien FIS, le Front Islamique du Salut, préfèrent s’en remettre à Dieu, « car c’est lui qui a voulu tout cela ». Alors les « frères », les sympathisants islamistes, barbus et en tunique traditionnelle, investissent les lieux de charité, jardins publics et squares de jeux où les rations et bouteilles d’eau sont entassées, convoyées par des voitures et camionnettes marquées « Tadhamoun », Solidarité. Alors, quand un expert désigné par les autorités pointe son nez, s’ensuivent des échauffourées et des coups de poing, de hargne, de vengeance. Alors, quand le président Bouteflika en personne débarque près de la mosquée aux murs cisaillés, c’est une nuée d’injures qui l’accueille et même une bouteille d’eau, ainsi que des jets de pierres sur son cortège. De cela, nulle trace dans les nouvelles télévisées. Mais plusieurs journaux se sont empressés de relayer l’information. « Démissionnez, monsieur Bouteflikla » a titré Le Matin. Depuis l’indépendance, aucun chef d’État algérien n’avait subi un tel affront. Dans la rue du 11 décembre, le capitaine Omar Saada clame avec la verve d’un tribun toute sa révolte, trop longtemps tue. Et la rue lui répond. Le « zilzel », le tremblement de terre, agit comme un tragique révélateur de toutes les frustrations accumulées, de tous les drames précédents, parti unique, sous-développement, islamisme et calamités mélangés. « Regardez les piliers des immeubles, lance le maçon Youssef Meslous : aucun ne suit la réglementation ! » Ce que confirme un ingénieur en équipements électriques : même les fondations ne répondent pas aux normes du terrain standard, alors qu’ici les ouvrages s’étiolent sur une faille sismique. « La tchipa concerne tous les niveaux, assure Jamel M., cadre de l’État : la promotion immobilière, la construction, les services des préfectures et des mairies ». L’épaisseur des barres de fer, destinées à armer le béton ? Elle est souvent de 16 mm ou de 14 mm quand un chiffre de 20 mm est généralement requis. Les étriers qui renforcent l’armature ? « A 8m d’épaisseur, la norme pour un immeuble de trois étages, c’est 4000 dinars (400 euros) le quintal ; à 6 mm, c’est 1200, et c’est ce que retiennent les entrepreneurs », dit le géologue Farid Saïdoun, qui a perdu son appartement de 130 m2, acheté 40.000 euros, « l’économie de toute une vie plus l’héritage de mon grand père ». La qualité du béton ? « On rechigne sur le ciment, normalement à 350 kilos par m3, et on augmente la proportion de sable, du sable sale, lance le chef de projet d’une entreprise de construction, 25 ans d’expérience, qui préfère garder l’anonymat. Les graviers ne sont jamais lavés, et l’acier, en provenance des pays de l’Est, est de piètre qualité. » A 70%, ces aciers sont recyclés, pratique interdite par les normes en vigueur. « C’est le gain facile ! « lance Hamid Belgacem, un technicien supérieur du bâtiment, à qui le chef d’entreprise demande régulièrement de faux certificats pour les contrôles. « Et alors, la CTC, la Commission Technique de Contrôle, ferme les yeux… » Au final, un entrepreneur peut gagner plusieurs centaines de milliers de dinars (plusieurs milliers d’euros) à chaque fois qu’il coule une dalle de béton pour un immeuble collectif. Un lieutenant-colonel de l’ANP (Armée Populaire de Libération) le confirme : « Il existe des traditions en Algérie qui font que l’on oublie bien souvent de se conformer à la loi… » Constat d’Assia Harchaoui, architecte et membre de la commission de l’environnement et de la ville au CNES (Conseil National Économique et Social) : « Dans le domaine de l’urbanisation, on s’aperçoit qu’il n’y a plus personne sur le terrain. » La corruption mise en cause après le drame de l’est algérois, c’est aussi celle de l’attribution des permis de construire. Un ingénieur de la DUC (Direction de l’Urbanisme et de la Construction) de Boumerdès avoue qu’aucune étude de terrain n’est demandée lors de la délivrance d’un permis. A un gros entrepreneur, on demande quelques points de pourcentage du prix de la construction pour que l’administration oublie le contrôle. « Les concessions illicites sont légion, ajoute l’ingénieur de la DUC : ensuite, on construit sans permis ». « Si l’État laisse les constructions illégales, dans 90% des cas, c’est pour être débarrassé de la crise du logement à moindres frais, dit le géologue Farid Saïdoun. Il y a en Algérie tout un profit de la calamité ». Accusée entre autres : la DLEP, la Direction du Logement et de l’Équipement Public, qui agit bien souvent en maître d’ouvrage pour des immeubles privés. Autre accusée : l’Entreprise Promotion du Logement Familial, qui a notamment construit la Cité des 120 logements à Corso, que des propriétaires veulent traîner en justice pour « homicides volontaires ». « Tout le monde se sert, à tous les niveaux des mairies, de la willaya et des départements de l’État, souffle le fonctionnaire de la DUC. Le pire, c’est que cela est devenu normal. Celui qui dans un bureau n’est pas corrompu est considéré comme anormal et n’a aucune chance de promotion. Pire, on le saque… » Comme le capitaine Omar Saad. Dans son livre, le « chef pompier » fustige les magouilles entre les services de la Protection Civile et tel ou tel bureau d’étude, les détournements de fonds publics, les arnaques sur les dépenses d’alimentation du personnel -souvent doublées, voire triplées-, les passe-droits et les connections véreuses avec d’autres services administratifs, les accointances entre représentants de l’État et bandits du sud-est algérien, dans la contrée où précisément ont été enlevés la trentaine de touristes occidentaux en février dernier. « La Protection civile d’Illizi était devenue une véritable vache à lait » confirme un journaliste de la Nouvelle République, qui précise que les ennuis du capitaine Saada ont commencé lorsqu’il a dénoncé la disparition de plus d’un million d’euros de projets dans son institution en 1996 et 1997. « L’incorruptible Omar Saada inquiéterait-il ? » s’interroge la presse algérienne. « La déchéance de l’État algérien, clame le capitaine Omar Saada, c’est toute une chaîne de responsabilités qui devient une chaîne d’irresponsabilités. Déjà, lors des inondations de Bab El Oued en 2001, une partie de l’aide humanitaire avait été détournée par les mêmes services. A la mafia de la construction, il faut ajouter la mafia des secours… » Ce combat, c’est désormais celui de sa vie. Un combat contre « les auteurs de détournements spectaculaires cautionnés par le silence d’une minorité d’acolytes au niveau de l’administration centrale ». Une vie où se croisent les fils des calamités et des drames politiques de l’après indépendance. Personne ne le fera taire, même pas le directeur général de la Protection civile qui a tenté d’empêcher la publication du livre, mais en vain, puisque le tribunal d’El Harrach, dans la banlieue d’Alger, s’est déclaré incompétent. Bouteflika lui-même a reçu une lettre d’Omar Saada, qui dénonce la prévarication de son institution. Né dans les gorges de Palestro, Omar Saada est fils de moudjahid, un combattant pour la libération, qui meurt quelques semaines après sa naissance, cinq ans après le déclenchement de la guérilla, exactement au même endroit. Militant du F.L.N. dans les années 80, il rejoint le corps des sapeurs-pompiers. Six jours plus tard, c’est le drame d’El Asnam, l’ancienne Orléansville, en octobre 1980. Une fillette de 4 ans, Nassima Howedj, dont le père meurt sous les décombres, en réchappe par miracle. Devenue voisine du capitaine des pompiers, à Boumerdès, elle ne survit pas au choc du 21 mai 2003. « On ne veut pas que la campagne électorale de Bouteflika commence sur les terres de la tragédie ! » hurle un ouvrier du bâtiment à Zemmouri, ville au coeur rasée et transformée en décor d’apocalypse. Conspué, vilipendé par la presse, le président serait-il lâché par les militaires, qui tirent les ficelles du pouvoir, un an avant les élections ? « Un signal on ne peut plus clair » dit un journaliste oranais. « Les grandes manoeuvres ont commencé, et les généraux resteront maîtres du pouvoir après le scrutin de 2004″ souffle un fonctionnaire de la mairie de Boudermès. Deux ans après les inondations de Bab El Oued, lorsque le pouvoir fut tancé pour son incapacité à organiser promptement les secours, le tremblement de terre pourrait remettre en question bien des certitudes. Un ras le bol sourd des quartiers populaires. Des fonctionnaires s’inquiètent des carences de l’État. Comme un symbole, même la Cour Suprême et la Bibliothèque Nationale à Alger arborent de graves lézardes. Fissurées, les temples de la loi et la mémoire ! Le capitaine Omar Saada n’est pas encore réhabilité, et peut être ne le sera-t’il jamais. Mais sa bataille ne fait que commencer. De la terre ouverte par les secousses des grandes profondeurs, c’est aussi toutes les affres de l’Algérie qui remontent comme un remugle tenace.  

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